(Suite du 6060ème épisode. Résumé des épisodes précédents : Les chasseurs de chouette, convaincus que la B donne l'ordre, et rien que l'ordre, cherchent un trésor au pied de l'arc-en-ciel, ce qui les conduit à se déplacer dans toutes les directions indiquées par le cercle de Newton. Papyrus et son groupe, voguant sur la nef encalminée dans une obscurité qui n'évoque la B que par son côté spectral, se demandent si la A ne vaut pas la K, parce qu'il leur semble bien qu'ils sont dans la M...).- Comment ça, NOYÉ ? fit Mickey.
- Ben oui, dit Papyrus avec une petite voix. Je vous avais dit que le journaliste était mort depuis longtemps. Il était venu faire un reportage en direct, et les dernières images télévisées qu'on ait de lui, ce sont les prises de vue de la nef encalminée. Ce même navire noir (enfin, un peu vert bouteille, à cause des dépôts) sur lequel nous nous trouvons. La caméra montre qu'il s'est embarqué, et quelques minutes après, il y a un brouillage de l'image, puis plus rien. On a supposé à l'époque qu'il s'était noyé.
- Eh là, dit Palot, mais ce n'était pas prévu comme ça. Mickey ! Piblo Poussez sur les perches ! Il faut qu'on regagne la rive.
Son pseudo commençait à bien exprimer l'ambiance du moment. Sur son visage, comme dans le reste du paysage, les couleurs avaient décidé d'abandonner la partie, qu'elle jugeaient sans doute trop cruelle.
- Ben, justement, fit remarquer Piblo, ça ne donne plus rien. Ça s'est enfoncé assez vite après qu'on a embarqué, et les perches ne touchent plus le fond.
La barque dérivait silencieusement. Au loin, ils entendaient l'équipe de Drazic qui coupait des arbres.
- C'est la poisse, dit Mickey. On y voit de moins en moins dans ce brouillard.
- Mais pas du tout! rétorqua brusquement Papyrus. Regardez la surface de l'eau : ça s'éclaircit !
De fait, le plafond restait bas et épais, mais à cet endroit de l'étang, la surface jusque là verdâtre et encombrée de déchets végétaux semblait rapidement perdre de son opacité. Les mariniers improvisés observaient, fascinés, le phénomène. En moins d'une minute, l'eau alentour devint d'une transparence totale, révélant le fond de l'étang dans ses moindres détails. L'obscurité teintait les formes subaquatiques d'un noir luisant, mais les contours étaient nets, comme vus à travers une vitre fumée.
- Ça alors, s'exclamèrent les quatre en découvrant le spectacle qui s'imposait à eux.
Contrastant avec le trop de vie végétale dont elle était chargée auparavant, cette transparence noire de l'eau avait quelque chose de maléfique.
Aucun poisson, aucune algue, aucune trace de vie. Le fond était effectivement éloigné, à bien cinquante mètres sous la surface, ce qui, compte tenu de la petite distance qu'ils avaient dû parcourir, représentait un dénivelé impressionnant. Pourtant on le distinguait bien, et les constructions qui commençaient à se dessiner sous les yeux du groupe ne laissaient aucun doute.
- Un village englouti ! fit Papyrus, tout excité. Tout un village ! Regardez ! Il y a même une église !
- Fabuleux ! dit Piblo, qui, comme les autres, n'arrivait pas à détacher son regard du spectacle.
- Vous ne trouvez pas que c'est étrangement mort ? demanda Mickey. Rien ne bouge là-dessous.
- Si ! Là! fit Palot en désignant un point au fond de l'étang. Regardez !
Ils se penchèrent, au risque de faire chavirer l'embarcation. Effectivement, au fond de l'eau, apparition incongrue dans ce paysage minéral, un tricycle courait entre les rochers.
Leur barque était maintenant immobilisée au-dessus du village englouti, à hauteur du clocher de l'église. La réfraction de l'eau donnait l'impression qu'on eût pu en toucher la flèche de la main.
- C'était donc ça, en fait, la nef encalminée, dit Palot. Remarquable idée ! Bravo Fumax ! Elle est effectivement encalminée, puisqu'il n'y a pas de vent sous l'eau.
- Et nous ne sommes pas sur la nef, renchérit Papyrus, mais sur le navire noir. Et c'est pour cela qu'il est perché : pas parce que nous avons utilisé des perches, mais parce que nous sommes suspendus au-dessus de la nef. Tout est révélé.
Mickey, qui sentait ses convictions daboïstes partir à la dérive, était plus maussade. Il essaya d'argumenter :
- Tout cela est trop simple. Pour commencer, vous ne pensez pas que nous aurions dû, à un moment donné, tirer le trait-à-ne-pas-regretter ?
A ce moment-là, comme pour lui répondre, une volée de flèches et de carreaux d'arbalètes s'abattit sur eux, la plupart plongeant dans l'eau, certains se fichant sur le fond de la barque.
- Eh bien, voilà un oubli réparé, fit remarquer Piblo.
- Je crains que ces traits-là, nous ayons à les regretter, objecta Palot. Nous avons une petite voie d'eau, là.
- C'est Drazic et les autres, dit Papyrus. Ils ont construit un radeau.
- RAAAH ! fit effectivement Drazic, encore invisible à quelques encablures de là dans le brouillard. JE SUIS DRAZIC, ARMATEUR ET EXPLORATEUR (pour ceux qui l'ignoreraient). VOUS AVEZ CRU QUE VOUS POURRIEZ DECOUVRIR LA NEF SANS VOUS ALLIER A MOI ? TREMBLEZ! MA VENGEANCE SERA TERRIBLE !
- Ça commence à craindre, par ici, dit Piblo.
- Ne t'inquiète pas, dit Mickey, se voulant rassurant. Tout ça, c'est des mots en majuscule pour faire impression. Mais Drazic n'a pas inventé la poudre.
Et, comme pour le contredire, un bruit de canon retentit sur le radeau. Un boulet, déchirant la brume, fondit sur la barque, qu'il traversa de part en part.
- Écoute Mickey, dit Piblo, tu pourrais arrêter tes commentaires divinatoires, s'il-te-plaît ? On n'arrive pas à contrôler leurs effets.
- La voie d'eau s'est élargie, fit sobrement remarquer Papyrus. Nous coulons...
La barque s'enfonça, corps et biens, dans l'onde spectrale.
(à suivre)
Note de Mickey : cet épisode de "Signet Fumax" est répertorié sur le forum sous le numéro 6161.
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