Ilotresor
Orpaillage

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"Pour tout l'or du monde", ("l'Alsace", 18/9/98. L'article n'est plus accessible dans les archives du journal)

Une Colmarienne de 9 ans a décroché récemment le titre de championne de France des chercheurs d'or. Elle rêve de titres internationaux et de voyages lointains pour trouver les plus belles pépites. En l'initiant à l'orpaillage, son grand-père lui apprend aussi la patience...

Un chapeau de paille orné de pin's d'associations d'orpaillage, un tee-shirt noir aux couleurs de sa dernière compétition, une batée sous le bras, de grosses bottes en caoutchouc aux pieds... Julie Pflieger, 9 ans, s'avance dans la rivière, sûre d'elle, déterminée. Elle plonge l'outil de sa passion dans l'eau, récolte sable et graviers et se met au travail. A présent, elle est dans sa bulle. Ni les bruits de la nature, ni les conseils de son entourage, ni les questions ne l'atteignent. Patiemment, méticuleusement, elle cherche des pépites.

À FORCE DE CHERCHER

Dans de petites éprouvettes, elle conserve ses trésors. Pour l'instant, ils ne dépassent guère la taille d'une tête d'épingle, mais Julie rêve d'autres trouvailles. «J'aimerais bien être riche grâce à l'or», lance-t-elle, les yeux pétillants, le visage rayonnant de plaisir. Elle sait bien qu'en France, le poids maximum des pépites ne dépasse pas les trois ou quatre grammes, mais elle veut y croire, juste pour la beauté de l'histoire... Des fillettes de son âge, chercheuses d'or, il n'en existe qu'une vingtaine en France. Lors des championnats de France qui se sont déroulés fin août en Ambazac, près de Limoges, elle a battu toutes ses rivales de sa catégorie. «Le principe était simple. Il s'agissait de retrouver sept pépites dans un seau de vingt kilos de sable. J'en ai trouvé quatre en quinze minutes». Sa maman, Valérie, commente : «Julie a deux qualités principales : elle est calme et possède le sens de la compétition. Elle veut gagner. Son seul défaut : parfois, elle regarde comment font les autres et veut les imiter».

À 4 ANS DÉJÀ

L'année dernière, la petite Colmarienne avait participé pour la deuxième fois aux championnats du monde d'orpaillage en Italie.

Elle était alors parvenue jusqu'en demi-finale : «A 4 ans, j'ai déjà fait une compétition mondiale». Son jeune âge, sa

spontanéité et son enthousiasme font qu'elle est devenue la coqueluche des compétiteurs. «J'ai rencontré des Japonais, je me suis fait des amis américains. Des Australiens m'ont offert un tee-shirt et une pépite». C'est d'ailleurs en Californie et plus encore en Australie qu'elle aimerait un jour partir à la recherche d'or. En attendant, les destinations des voyages familiaux avec son frère Yann, 6 ans, sa mère et son père, vétérinaire route de Wintzenheim, sont déjà choisis en fonction des possibilités qu'aura la fillette de manier sa batée (Italie, Massif Central, Bretagne).

À CÔTÉ DU GRAND-PÈRE

Son goût pour l'orpaillage lui vient de son grand-père, Guy Gandon, originaire de Bretagne et domicilié à Thann. Ce retraité de la société «Pipe-line sud européen», âgé de 66 ans, d'abord minéralogiste et fier d'une collection de 200 variétés de roches, s'est mis aux pépites il y a une dizaine d'années. « Mon fils avait eu l'occasion d'aller au Rwanda pour chercher de l'or. Je l'ai rejoint et le virus m'a atteint». Ce qui intéresse Guy Gandon n'est pas de faire fortune, mais de trouver la plus grande variétés de pépites pour les analyser, comprendre leur forme, s'intéresser à leur formation. Plus qu'un chercheur d'or, un géologue : « Je veux connaître le pourquoi de l'or ». Il mène ses recherches dans le Rhin, dans les vallées vosgiennes, mais aussi hors de la région et hors de la France, emmenant le plus souvent possible sa petite-fille.

À CAUSE DU TEMPS

«En dix ans, j'ai remué trois tonnes de terre, découvert 2000 paillettes pour un poids total de moins d'un gramme et une valeur commerciale de l'ordre de 230 F», résume Guy Gandon avec un grand éclat de rire. Il ajoute : «Mais c'est déjà beaucoup. Sans mes machines, mes découvertes seraient sans doute 30 % inférieures». A l'évocation des «machines»,Valérie ironise : «Oui, il a inventé des machines infernales». Le grand-père reprend : «J'en suis déjà à la quatrième et la cinquième est dans ma tête. Bien sûr, il existe dans le commerce divers équipements légers, mécaniques ou motorisés, pour faciliter la recherche d'or. Moi, je cherche des solutions personnelles. Mes machines sont manuelles, légères, pliantes, transportables sur mon dos. Le principe est de trier la terre et de récolter les parties les plus fines sur un tapis. Pour l'instant, les tamis sont carrés, les prochains seront circulaires». Il a mis six ans à mettre au point sa première invention : «En compétition d'orpaillage, je suis nul, car il faut faire vite. Durant ma carrière professionnelle, mes patrons m'ont toujours laissé travailler seul car ils savaient que j'avais un rythme différent. Autre exemple : cet automne, je publierai un livre sur l'histoire des déplacements de l'homme. J'y ai consacré 13 000 heures, y travaille depuis cinquante ans. Vraiment, je ne sais pas faire vite. Le temps ne compte pas pour moi. Je marche à contresens». Plus que les techniques de l'orpaillage, c'est peut-être cela que le grand-père transmet à sa petite-fille : le temps des choses, comme un bien plus précieux encore que le métal jaune...

Guy Gandon, 66 ans, apprend à sa petite-fille de 9 ans les techniques de l'orpaillage et... la valeur du temps.

(Photo « L'ALSACE »-Mathieu Lerch)

Francis GUTHLEBEN