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Une Colmarienne de 9 ans a
décroché récemment le titre de
championne de France des chercheurs d'or. Elle
rêve de titres internationaux et de voyages
lointains pour trouver les plus belles
pépites. En l'initiant à
l'orpaillage, son grand-père lui apprend
aussi la patience...
Un chapeau de paille orné de pin's
d'associations d'orpaillage, un tee-shirt noir aux
couleurs de sa dernière compétition,
une batée sous le bras, de grosses bottes en
caoutchouc aux pieds... Julie Pflieger, 9 ans,
s'avance dans la rivière, sûre d'elle,
déterminée. Elle plonge l'outil de sa
passion dans l'eau, récolte sable et
graviers et se met au travail. A présent,
elle est dans sa bulle. Ni les bruits de la nature,
ni les conseils de son entourage, ni les questions
ne l'atteignent. Patiemment,
méticuleusement, elle cherche des
pépites.
À FORCE DE CHERCHER
Dans de petites éprouvettes, elle
conserve ses trésors. Pour l'instant, ils ne
dépassent guère la taille d'une
tête d'épingle, mais Julie rêve
d'autres trouvailles. «J'aimerais bien
être riche grâce à l'or»,
lance-t-elle, les yeux pétillants, le visage
rayonnant de plaisir. Elle sait bien qu'en France,
le poids maximum des pépites ne
dépasse pas les trois ou quatre grammes,
mais elle veut y croire, juste pour la
beauté de l'histoire... Des fillettes de son
âge, chercheuses d'or, il n'en existe qu'une
vingtaine en France. Lors des championnats de
France qui se sont déroulés fin
août en Ambazac, près de Limoges, elle
a battu toutes ses rivales de sa catégorie.
«Le principe était simple. Il
s'agissait de retrouver sept pépites dans un
seau de vingt kilos de sable. J'en ai trouvé
quatre en quinze minutes». Sa maman,
Valérie, commente : «Julie a deux
qualités principales : elle est calme et
possède le sens de la compétition.
Elle veut gagner. Son seul défaut : parfois,
elle regarde comment font les autres et veut les
imiter».
À 4 ANS DÉJÀ
L'année dernière, la petite
Colmarienne avait participé pour la
deuxième fois aux championnats du monde
d'orpaillage en Italie.
Elle était alors parvenue jusqu'en
demi-finale : «A 4 ans, j'ai
déjà fait une compétition
mondiale». Son jeune âge, sa
spontanéité et son enthousiasme
font qu'elle est devenue la coqueluche des
compétiteurs. «J'ai rencontré
des Japonais, je me suis fait des amis
américains. Des Australiens m'ont offert un
tee-shirt et une pépite». C'est
d'ailleurs en Californie et plus encore en
Australie qu'elle aimerait un jour partir à
la recherche d'or. En attendant, les destinations
des voyages familiaux avec son frère Yann, 6
ans, sa mère et son père,
vétérinaire route de Wintzenheim,
sont déjà choisis en fonction des
possibilités qu'aura la fillette de manier
sa batée (Italie, Massif Central,
Bretagne).
À CÔTÉ DU
GRAND-PÈRE
Son goût pour l'orpaillage lui vient de
son grand-père, Guy Gandon, originaire de
Bretagne et domicilié à Thann. Ce
retraité de la société
«Pipe-line sud européen»,
âgé de 66 ans, d'abord
minéralogiste et fier d'une collection de
200 variétés de roches, s'est mis aux
pépites il y a une dizaine d'années.
« Mon fils avait eu l'occasion d'aller au
Rwanda pour chercher de l'or. Je l'ai rejoint et le
virus m'a atteint». Ce qui intéresse
Guy Gandon n'est pas de faire fortune, mais de
trouver la plus grande variétés de
pépites pour les analyser, comprendre leur
forme, s'intéresser à leur formation.
Plus qu'un chercheur d'or, un géologue :
« Je veux connaître le pourquoi de l'or
». Il mène ses recherches dans le Rhin,
dans les vallées vosgiennes, mais aussi hors
de la région et hors de la France, emmenant
le plus souvent possible sa petite-fille.
À CAUSE DU TEMPS
«En dix ans, j'ai remué trois tonnes
de terre, découvert 2000 paillettes pour un
poids total de moins d'un gramme et une valeur
commerciale de l'ordre de 230 F»,
résume Guy Gandon avec un grand éclat
de rire. Il ajoute : «Mais c'est
déjà beaucoup. Sans mes machines, mes
découvertes seraient sans doute 30 %
inférieures». A l'évocation des
«machines»,Valérie ironise :
«Oui, il a inventé des machines
infernales». Le grand-père reprend :
«J'en suis déjà à la
quatrième et la cinquième est dans ma
tête. Bien sûr, il existe dans le
commerce divers équipements légers,
mécaniques ou motorisés, pour
faciliter la recherche d'or. Moi, je cherche des
solutions personnelles. Mes machines sont
manuelles, légères, pliantes,
transportables sur mon dos. Le principe est de
trier la terre et de récolter les parties
les plus fines sur un tapis. Pour l'instant, les
tamis sont carrés, les prochains seront
circulaires». Il a mis six ans à mettre
au point sa première invention : «En
compétition d'orpaillage, je suis nul, car
il faut faire vite. Durant ma carrière
professionnelle, mes patrons m'ont toujours
laissé travailler seul car ils savaient que
j'avais un rythme différent. Autre exemple :
cet automne, je publierai un livre sur l'histoire
des déplacements de l'homme. J'y ai
consacré 13 000 heures, y travaille depuis
cinquante ans. Vraiment, je ne sais pas faire vite.
Le temps ne compte pas pour moi. Je marche à
contresens». Plus que les techniques de
l'orpaillage, c'est peut-être cela que le
grand-père transmet à sa petite-fille
: le temps des choses, comme un bien plus
précieux encore que le métal
jaune...
Guy Gandon, 66 ans, apprend à sa
petite-fille de 9 ans les techniques de
l'orpaillage et... la valeur du temps.
(Photo « L'ALSACE »-Mathieu Lerch)
Francis GUTHLEBEN
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